Après plus de trente ans d'exil, Laferrière fait le récit de son retour aux sources en Haïti. Parti en coup de vent à l'été 1976 pour sauver sa peau de la dictature féroce de Duvalier, il atterrit à Montréal et y fait son nid d'écrivain en relatant ses souvenirs et des récits d'Haïti dans de nombreux romans. « Le dictateur m'avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je suis passé par la fenètre du roman. », écrit-il. Mais voilà qu'un appel lui annonce la mort du père – le temps se met à ralentir – et exige un retour au pays natal. Tout tourbillonne, tout prend une autre densité, le quotidien et ses détails le composant deviennent une bouée de sauvetage pour amortir le choc et tenter de comprendre l'indicible. Ce père n'a presque pas été connu, mais il reste le père. Le chemin pour aller à sa rencontre sera le chemin vers Haïti. Une fois la valise prête, Laferrière plonge au pays comme on revient dans ses souvenirs. Avec effroi et ravissement.

 couv-1683

Arrivé au Nord, il m'a fallu me défaire

de toute la lourde réalité du Sud

qui me sortait par les pores.

J'ai mis trente-trois ans à m'adapter

à ce pays d'hiver où tout est si différent

de ce que j'avais connu auparavant.

 

De retour dans le Sud après toutes ces années

je me retrouve dans la situation de quelqu'un

qui doit réapprendre ce qu'il sait déjà

mais dont il a dû se défaire en chemin.

 

Il scrute les visages et tente de reconstituer la trame interrompue de sa vie de jeune homme que trois décennies d'exil ont façonné en étranger en regard des Haïtiens. Il scrute le visage de sa mère, de sa sœur, de son neveu, de ses amis. Il n'est plus tout à fait comme les autres, il a ce regard, cet esprit, ce corps maintenant pétris de deux cultures. On est surtout Haïtien à l'extérieur du pays, dit-il, à l'intérieur, on est de tel quartier, de tel village, de telle famille et on espère surtout quitter le pays.

Écrit sous forme narrative, entrecoupé de poèmes, ce roman, plusieurs fois lauréats de prix littéraire dont le Médicis, met en scène des moments touchants et réflexifs qui accompagnent notre quotidien de lecteur et lectrice. Une lecture incontournable!

Dans « vivre » il faut entendre :

le simple fait de se nourrir.

 

Merci à tous ceux et celles qui ont proposé ce roman coup de cœur!