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Si la lignée familiale donne des racines, et des ailes, elle plombe aussi les destins par ses secrets, son mal et ses manques. Carrousel de Jennifer Tremblay aborde avec brio le poids du passé que porte le présent – souvent sans le savoir. Une femme (Sylvie Drapeau) raconte son histoire de mère de deux fils. À la fois origine et suite de sa lignée, elle interpelle sa mère et sa grand-mère afin de mieux comprendre sa réalité de femme et de mère. Bien que seule sur scène pendant 1h10, Sylvie Drapeau fait s’incarner différents personnages avec un minimum de gestes; ceux-ci surgissent devant nous de façon éloquente et saisissante. La chevauchée terrible sur un cheval sauvage par une fillette de 7 ans est époustouflante. Nous sommes avec elle sur ce cheval fou sans selle ni bride, accrochés avec elle à la crinière en espérant que ça s’arrête.

La question lancinante de la femme: "Pourquoi cette grille qui se refermait sur ma mère se referme-t-elle encore sur moi?" est un flambeau qui permet une traversée des apparences et des générations vers la compréhension de soi. De la noiceur surgit la lumière, celle du carrousel de Paris où ses deux fils tournent à en perdre la tête sur ce manège qui les rend heureux. Et la mère aussi de connecter avec cette joie spontanée des enfants dans le rire et le bonheur, puisque l’apaisement peut aussi venir d’histoires noires.

Vous reliez toutes les villes du monde.

Vous passez pas tous les jardins.

Vous longez a mer.

Vous traversez la jungle des oiseauz exotiques.

Jusqu'à ce carrousel.

Un bijou de lumière déposé au bord du boulevard.

Mes fils

 

 

Voici une pièce magnifique dont la force est tirée du creuset de nos peurs d’enfant et de nos liens avec la mère, au théâtre d’Aujourd’hui cet hiver.