Les Tranchées

Maternité, ambigüité et féminisme, en fragments

Sur un ton à la fois léger et grave, Fanny Britt livre ses impressions, perceptions, pressions, répercussions, dysfonctions, disjonctions, tensions, béatifications de maman. En dialogue avec des collaboratrices amies (Annie Durocher, Madeleine Allard, Catherine Voyer-Léger, entre autres), Britt parle sans fard de sa condition de mère en butte aux pressions de la société et aux diktats de la mère parfaite en abordant les clichés de front pour mieux leur trouver des failles. Sa description des trois types de mères à la pataugeoire est hilarante. Il y a la mère pudique en maillot une pièce ou en tankini-jupette, la mère irréductible qui ne veut rien savoir des maillots et roulent ses jeans et finalement, la reine-mère en bikini triangle dont le corps n’a rien souffert de la maternité et qui parade. Bien entendu, c’est le type de mère que toutes les autres mères détestent - et envient. L’indice de bonheur ne se mesure pas aux beaux atours, dit Britt, mais quand même, ces mères canons en jettent aux yeux de toutes et font broyer du noir aux autres.

Ainsi, comment trouver sa façon, son chemin quand pratiquement quoi qu’on fasse, le miroir de la société renvoie une image culpabilisante? On est fait trop ou pas assez ou mal. C’est l’ambigüité. 

L’exposition à ces modèles est à double tranchant, rien d’étonnant là-dedans. […] pourquoi s’y soumettre autant, alors? Parce qu’on mesure notre valeur à l’échelle des autres. Parce qu’on est dépossédée de notre instinct. Parce que le bombardement d’images qui définissent le succès, la beauté, l’idéal finit bien par fossiliser en nous et que la pression se fait nôtre, la pression s’intériorise, nous devenons la pression. (p.45)

À l‘aide de certaines lectures plus sombres sur la maternité comme Sylvia Plath (l’insoutenable responsabilité d’être mère), Rachel Cusk (la contrainte absolue – et la joie malgré tout - d’être mère) et Anne Sexton (la cruauté de la mère), elle ponctue son ouvrage de questions et de réflexions fort pertinentes. Jamais ou très peu de réponses sont apportées, pour peut-être éviter en cela la culpabilisation des femmes dans leur rôle de mère. Autant de femmes, autant de modèles de mères aimantes. Et en plein cœur, l’ambigüité fondamentale d’être une mère ressort encore plus fortement. Tout est à créer par soi et pour soi avec ses enfants.

Un livre qui se lit d’un couvert à l’autre en souriant à pleines dents. Enfin quelque chose de sensé écrit sur la maternité, enfin quelque chose qui ressemble aux mères que nous sommes en 2014.